Cameroun


cameroun-1Dans tout le pays des petits agriculteurs sont dépossédés de leurs terres par des investisseurs américains ou français, mais aussi chinois, singapouriens ou luxembourgeois… Les élites locales n’en sont pas pour rien.

Le projet très médiatisé Herakles Farms au Sud-ouest, dont l’objectif était la production d’huile de palme sur une surface de 70.000 hectares, semble définitivement avoir échoué, mais de nombreux autres projets sont déjà mis en œuvre ou en cours de réalisation. Dans le Mbam et la Haute Sanaga situés au Centre, au Nord-ouest et au Sud, des entreprises étrangères exploitent des dizaines de milliers d’hectares de terres pour l’industrie alimentaire  (riz, maïs, cacao, café, banane, ananas, manioc…) et pour produire des agrocarburants (jatropha).

Aujourd’hui, plus de 90% de la production alimentaire nationale camerounaise est exportée. Les résultats de la recherche publiée en mars 2013 par Rights and Resources Initiative (RRI) montrent que plus de 10 millions sur 22 millions d’hectares de terre et de forêts ont été concédés lors de transactions foncières. 500.000 hectares de terres arables ont déjà été attribués à des firmes multinationales.

Logique de l’agrobusiness contre droits des paysans

De grandes surfaces sont cédées, au profit d’investisseurs étrangers, pour un prix parfois très faible qui n’est pas toujours payé entièrement, et au mépris des droits des communautés locales. Comme dans certains autres pays d’Afrique, les terres non mises en valeur appartiennent au domaine national. Ainsi l’État camerounais, avec l’appui des administrations locales, vend des terres aux investisseurs internationaux ou nationaux, même lorsque ces territoires sont habités par des populations locales, créant une insécurité foncière dans les villages.

Le projet Somdiaa est un cas tout à fait symptomatique. Cette entreprise, appartenant au groupe français Vilgrain, a acquis 20.000 hectares de terres dans la région de la Haute-Sanaga.  „C’est un parfait exemple d’accaparement de terres par une entreprise étrangère, sans consultation des communautés locales, dans le but d’utiliser les meilleures terres pour une agriculture industrielle, au détriment de la sécurité alimentaire et des cultures vivrières“ a expliqué Camille Bethoux, de l’association Peuples solidaires à la revue Alternatives économiques en novembre 2010. Dépossédées de leurs terres, les populations locales n’ont d’autre choix  que de partir ou de travailler comme travailleurs agricoles dans les plantations de canne à sucre de Somdiaa et ceci dans des conditions „lamentables“ et pour une rémunération dérisoire : 130 francs CFA de l’heure soit 20 centimes d’euro.

cameroun-2Spéculation financière

Les sociétés qui investissent au Cameroun bénéficient d’exemptions d’impôts et sont exonérées du paiement des droits de douane. On peut s’étonner de l’attribution de concessions foncières pour l’agrobusiness d’exportation, alors que le pays n’a pas  atteint l’autonomie alimentaire et a connu en 2008 d’importantes „émeutes de la faim“. L’une des raisons est à chercher du côté de la spéculation dans laquelle se sont engagées les élites camerounaises. Elles ont bien noté l’intérêt que les investisseurs internationaux portaient sur l’acquisition de terres en Afrique et ont acheté des terres pour une somme modique afin de les revendre et toucher un bénéfice conséquent lors de la revente.